BELGA PRODUCTIONS

Les créateurs de The Dreamer racontent comment ils ont porté à l’écran l’art et la vie de Karen Blixen.

La créatrice et scénariste Dunja Gry Jensen, la réalisatrice Jeanette Nordahl et les productrices de Zentropa, Marie Cecilie Gade et Karoline Leth, évoquent la série Viaplay en compétition au Canneseries.
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La créatrice et scénariste Dunja Gry Jensen, la réalisatrice Jeanette Nordahl et les productrices de Zentropa, Marie Cecilie Gade et Karoline Leth, évoquent la série Viaplay en compétition à Canneseries.

Nous avons rencontré à Cannes l’équipe de la série danoise en six épisodes « The Dreamer – Becoming Karen Blixen », portée par l’actrice danoise installée aux États-Unis Connie Nielsen (Wonder Woman, Gladiator).

Si l’écrivaine danoise Karen Blixen est mondialement connue pour ses œuvres Out of Africa et Le Festin de Babette — toutes deux adaptées au cinéma par Sydney Pollack et Gabriel Axel — son parcours personnel vers l’écriture reste moins connu du grand public. C’est précisément cette transformation intime que la série cherche à explorer.

L’idée du projet est née en février 2018, lors d’une visite au musée Karen Blixen, où la productrice Karoline Leth et l’actrice Connie Nielsen se trouvaient pour promouvoir la série Liberty. En discutant avec la direction du musée, elles se sont interrogées sur le retour de Karen Blixen au Danemark après 17 années passées en Afrique : malade, ruinée, divorcée, et marquée par la mort de son grand amour dans un accident d’avion, elle avait dû revenir vivre chez sa mère. Une situation difficile qui a servi de point de départ à la série.

Les créatrices ont alors décidé de s’entourer d’une scénariste capable de restituer la richesse de cet univers. Elles ont contacté Dunja Gry Jensen, reconnue pour son écriture à la fois poétique et exigeante, proche de celle de Blixen. Après plusieurs mois, la scénariste a rejoint le projet et entamé un important travail de recherche.

En explorant la vie de Karen Blixen, l’équipe s’est particulièrement intéressée à l’influence de sa famille. La série montre comment son entourage a été à la fois un soutien et un obstacle à sa vocation d’écrivaine. L’histoire met aussi en lumière le rôle déterminant des femmes de sa famille, notamment sa mère et sa tante, présentées comme de véritables piliers dans sa construction personnelle.

Les auteurs ont également choisi d’intégrer dans la série l’univers littéraire de Blixen, notamment la nouvelle « The Dreamers », dont les thèmes — identité, narcissisme et grandeur — résonnent avec la trajectoire de l’écrivaine.

Un autre défi consistait à représenter le monde intérieur de Karen Blixen en tant qu’artiste. Pour traduire cette complexité, l’équipe a opté pour une narration centrée sur le personnage, utilisant notamment des flashbacks, dont ceux liés à sa vie en Afrique — une période essentielle de son existence. Relier ces différentes temporalités et dimensions narratives a constitué l’un des défis majeurs du montage.

Le regard de la réalisatrice

La réalisatrice Jeanette Nordahl (Wildland, When the Dust Settles) a joué un rôle essentiel dans la création de The Dreamer – Becoming Karen Blixen.

Lorsqu’on lui a proposé le projet il y a environ un an et demi, elle hésitait d’abord à réaliser un biopic. Mais la lecture du scénario a changé sa perception. Ce qui l’a séduite, explique-t-elle, c’est que la série ne cherche pas simplement à raconter la vie de Karen Blixen, mais plutôt à explorer son imagination et son processus artistique.

Après son premier long métrage Wildland, centré sur les liens familiaux, Nordahl a retrouvé dans ce projet un thème qui lui est cher : la famille comme élément fondateur de l’identité. Selon elle, la famille de Karen Blixen a profondément façonné la femme et l’artiste qu’elle est devenue.

La réalisatrice a choisi de tourner les six épisodes comme un long film, afin de garder une vision cohérente de l’ensemble. Le tournage s’est déroulé sur 68 jours consécutifs, au Danemark, en Afrique du Sud et en Belgique, où des scènes en studio ont été réalisées avec l’aide des coproducteurs Belga Productions.

Le casting s’est construit autour de Connie Nielsen, avec qui la réalisatrice a d’abord travaillé sur l’apparence et le comportement du personnage, avant d’explorer sa dimension intérieure. Autour d’elle, un ensemble d’acteurs incarne la famille et l’entourage de Karen Blixen.

Nordahl souhaitait donner à la série une atmosphère proche de l’univers d’Ingmar Bergman, notamment Fanny et Alexandre. Les décors, en particulier la maison familiale située au nord de Copenhague, ont offert une grande liberté de jeu aux comédiens. Des répétitions et un travail sur les interactions familiales ont été organisés pour renforcer la crédibilité des relations à l’écran.

Avec le directeur de la photographie et les chefs de département, la réalisatrice a développé un style visuel précis, inspiré de l’écriture de Karen Blixen : poétique mais authentique, élégant mais parfois brut, où chaque détail contribue à la narration.

Le financement et l’ambition du projet

Du point de vue financier, la notoriété de Karen Blixen a contribué à réunir le budget d’environ 9,8 millions d’euros, explique la productrice Marie Cecilie Gade. La série, produite pour Viaplay, bénéficie notamment du soutien de plusieurs fonds audiovisuels nordiques.

La distribution internationale est assurée par TrustNordisk pour les territoires hors Viaplay, notamment les pays francophones et l’Asie.

Pour la productrice Karoline Leth, l’objectif est que le public puisse entrer dans l’univers de Karen Blixen et s’identifier à elle : une personnalité complexe, parfois singulière, mais aussi brillante et profondément humaine.

De son côté, la scénariste Dunja Gry Jensen espère que la série donnera envie de lire ou redécouvrir les œuvres de Karen Blixen. Elle souligne également un thème central de la série : l’art comme force de guérison, capable d’aider à surmonter les blessures personnelles — une idée qui résonne particulièrement dans le monde actuel.

Produite par Zentropa, la série devrait être diffusée sur Viaplay plus tard dans l’année.

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